dimanche 25 mars 2018

Poèmes de la revue "Phréatique

Aux marges de sa chimère

Aux marges
de sa chimère 
la fièvre hante 
ses parcours 
la basse fièvre
des eaux mourantes 
leurs harmonies 
déchues
sous les ailes 
de l'ombre

Ta proie l'oiseau... 
Tu guettes insatiable

Le vent se tord 
le vert s'éteint
le vert se plombe 
la soif en terre...

Ciel
libère ta lumière 
donne à l'eau
ton image

Phréatiques "les eaux dormantes" n° 95





POETEST


(chaque participant(e) au poétest a reçu la reproduction de ce dessin de Gérard Murail. Que pouvait elle lui évoquer ? Voici les résultats de ce jeu de l'imaginaire.


     Tronc de stries sous surveillance. Le jeu-cauchemar 
     du cerceau le comprime l'épuise avant de l'étouffer. 
     Les tensions se relâchent s'effritent. Les arcs en vrillent 
     du dedans où rampent des choses incertaines.

     Un virus tache et gondole l'âme en
     suspens... au fond... qui maintient pourtant sa texture 
     resiste aux stries insuffle l'écartement salutaire.

               Si tu veux te défaire du cercle
               épouse sa rondeur.
               Envahi par les pôles
               deviens pôle. 
               Sois un point

               Attends l'assoupissement 
               du sur-veilleur.
               Mal placée
               sa tête reptilienne
               en haut à gauche.
               À contre-jour.
               Derrière, l'ombre.

               Ne sait pas
               les pièges de l'âme. 
               Ses yeux à facettes 
               épargneront le point 
               par ignorance

               Le point ? partout
               Du point du jour au point de fuite 
               Le point c'est l'anti-boue
               Les points ajoutés font l'horizon.

                                                               Hubert BOUZIGES

Phréatique n° 93




Poèmes de la revue Rimbaud



« Il y a dans les poèmes d'Hubert Bouziges la nécessité d'éclairer un thème avant de le rejeter clans sa pénombre, une volonté de martyriser les apparences pour accéder aux réalités. »
Jean Breton


L E S     MOTS

Laisser filer les mots en ordre dispersé, c'est laisser le sable couler entre les doigts. ils savent, les mots, que je me sers d'eux pour évacuer ma solitude en catastrophe.
Ils ne sont pas toujours bons compagnons, tantôt amis, tantôt ennemis, tantôt indifférents. Ils connaissent leur prix.
Ils se révoltent parfois et refusent de s'assembler, ils changent toujours de place, se chevauchent, s'accouplent sans respecter leur sexe.
Ils me crient : « Tu fais de l'écriture automatique, remercie-nous ! ». Et je dois les remercier car ils sont susceptibles et vindicatifs. Ils pourraient par la suite me contrarier.

Parfois, je tente de les ordonner, ils se prêtent à l'opération avec une parfaite docilité, ils sont même affectueux, provocants, au point de me troubler, ils collent à mes doigts, m'investissent, se répandent en des lieux que je voudrais garder intimes, il m'arrive de céder à leurs caresses et de les embrasser.
Parfois ils résistent, m'épuisent, me dépriment avec délectation. Ils déclenchent ma fureur et je les déteste, je les prends péle-méle et je les jette hors ma page qui devient blanche et sereine, je jetterais aussi les dictionnaires où ils paradent.

Je me tourne alors vers la musique qui amoureusement m'apaise. Ecrire, c'est souvent se battre avec les mots.

Les nouveaux venus sont les plus prétentieux, ils sont exigeants, voire tyranniques, ils souffrent du complexe de l'exclu et ils bataillent avec leurs homologues confirmés qui ont leurs racines dans un lointain passé. Leurs titres de noblesse, ils les tiennent, ceux-ci, directement de l'Antiquité grecque ou latine. Il faut faire face à ces phénomènes nouveaux. Leur existence est contestée, dénigrée par les uns, prônée par les autres. Ils ont l'appui de la rue... Quel enfer pour les utilisateurs, ces gens laborieux, parfois inspirés qui mettent leur masochisme au service des mots
Il y a un bagne de l'écriture et pourtant je les aime, ces mots, ils sont mon ultime défense, mon arme sophistiquée contre les agressions non identifiées mais meurtrières, ils élaborent des tactiques, parfois se retranchent, parfois se ruent à l'attaque par surprise, ils ont gagné des victoires célèbres parce qu'on les juge inoffensifs, ils ont provoqué des débàcles et des révolutions, ils ont détrôné des rois.

    Venez à moi, les mots.
     Je vous ai tellement aimés ou détestés que vous êtes mes complices. 
     A mon appel, sachez vous battre et vaincre.
     A mon appel, sachez tout pardonner.
     Ayez le mot de la fin.


                                                                                                Hubert Bouziges

Rimbaud revue n° 4

Portrait d'Hubert Bouziges





        Homme du Sud (né à Alès, Gard), Hubert Bouziges a fait ses études secondaires à Avignon, hypokhâgne au lycée Henri IV, et obtenu une licence de Droit et un certificat de Lettres à la Sorbonne. 
        Il a participé, en 1953, avec Jean Breton, à la fondation des Hommes sans épaules. Il sera un membre actif de la première série, jusqu'en 1956. 
        Hubert Bouziges a depuis fondée en 1996 l'association et la revue L'Attitude, et collaboré à de nombreuses revues, dont : Marginales, Poésie 1, La Tour de Feu, Le Journal des poètes, Coup de Soleil, Le Cri d'os, Phréatique, Les Hommes sans épaules (troisième série), Rimbaud Revue. 
        Hubert Bouziges vit le tourment du mystique qui n'a pu (du moins en rêve) renoncer à la chair et fustige ses défaites supposées autant que ses victoires qu'il désavoue. Ce « feu de manques » – nous le vivons tous, à différents niveaux – est fustigé avec une verve et une ironie cruelles, coupé de quelques haltes plus tendres... Au delà des « dérives », il met son ultime confiance dans le sacré », a écrit Jean Breton. Œuvres : A même la terre, avec Jean Breton, (Les Hommes sans épaules, 1953), Poèmes inédits (Les Cahiers de Saint-Germain-des-Prés, 1978), Mille Griffes une main (éd. Saint-Germain-des-Prés, 1982), La Bure et la dérive (éd. Saint-Germain-des-Prés, 1993), Haute Caresse (éd. Saint-Germain-des-Prés, 1996).

dimanche 30 avril 2017

Préface au recueil "la bure et la dérive"

       
       Hubert Bouziges se veut catholique. Le poète qu'il est, hanté par les soucis de rigueur intellectuelle comme par le lâcher-tout des voluptés dans le subconscient et le refus des hypocrisies, reste comme malgré lui à l'intersec­tion des potentialités, des fièvres et des rêves. D'autant que l'écriture de poésie, aujourd'hui, appelle somnambuli­quement à la suppression des barrières de prudence. 
       La tentative d’être se joue sur le fil du rasoir. La possibilité de la transgression est presque permanente dans nos rapports avec l'émotion, la passion, dont "l'atta­que" a un côté implacable et où l'infiltration chrétienne se révèle malaisée, où le pardon de certaines fautes commi­ses pourra paraître inconcevable. Impensable toutefois que le pardon soit exclus! La qualité de chrétien n'est pas acqui­se une fois pour toutes, c'est une aspiration permanente chez "l'homme ordinaire" doté de la volonté de croire et d'obéir, mais il trébuche souvent, d'où ses gestes maladroits en face des autres : seule les engagés "professionnels", si l'on ose dire, les chrétiens imprégnés, très entraînés, savent poser le plus souvent le geste sûr, et au bon moment. Le chrétien "occasionnel", l'homme faible par définition, se sait tristement faillible. Mais il lutte. Il a la foi, il subit des crises de révolte et de sensualité, et c'est un romantique de l'amour. 
       Hubert Bouziges se voue au pèlerinage, à la méditation et à la prière comme on s'impose un délai de réflexion avant la jouissance ou un châtiment après la faute. Dans la vie, il va parfois s'enfermer huit jours au mont Canigou pour s'aérer et faire des exercices d'humilité, comme tout chrétien menacé par l'orgueil et l'usure de soi. Devant une basilique dressée sur un à-pic, il s'écrie spontanément : "il y a du respect dans l'air!" La sérénité vient alors l'habiter. Il a peur de la perdre, il s'oblige à l'intransigeance, il nous défie : "La libre-pensée conduit à tou­tes les démences". L'homme ne gagne sa liberté que s'il accepte de "se mettre à genoux" et d'adorer. Le poète dira à la femme dé­sirée :"Si ton rêve était une croix, il labourerait mon sommeil." Les mots de miel et leur douceur étincellent en lui, il les réfrac­te vers nous : "tendresse", "ostie", "moine", "chaste", "gravité empreinte de sérénité", "vierge", "biblique". "blanche", "récon­ciliation". Mais il y a en face d'eux les mots noirs, et l'on as­siste au combat incessant, et comme fratricide, des mots de lumiè­re avec les mots de ténèbres : "monstre", "le mal" , " rayonnement pervers" , "violer" , "goût des excès", "désespérance", "pleurs convulsifs", "abuser". L'attirance pour les extrêmes et leur rejet forment un mouvement pendulaire d'ambiguïté. La contradiction est au cœur de l'homme comme elle est au centre mystérieux de la psychologie,chez Dostoïevski. La raison ne fait pas souvent le poids devant le phantasme. Janus n'offre pas tou­jours le double visage du vrai jumeau. 
       La révolte d'Hubert Bouziges est "une souffrance doublée épiso­diquement d'autosatisfaction", avoue-t-il, un brin masochiste. Mais selon son tempérament, il préfère la révolte à l'indifférence. Il est plutôt condottiere que petit-bourgeois. La révolte secoue comme un prunier son "contraire du moment". Dieu, vous, moi ou un autre. Las des "blasphèmes de pacotille" et de "l'impiété générale de l'époque, à la limite il préférera les "grands" blasphèmes et l'affrontement cinglant avec un Dieu pour lui indispensable, -colère humaine contre pesanteur métaphysique. La révolte enquête sur la vérité de l’être. Elle veut retrouver, au-delà des apparences, au-delà des moments cruels de "tension" dont le poète, en connais­sance de cause, parle si bien - une authenticité ou des signes sains qui vont lui apporter un répit ou peut -être une paix. 
       Hubert Bouziges mélange indécision onirique et souci d'analy­se. Sa pudeur retient peu de souvenirs d'enfance, à part le malai­se éventuel de se retrouver nez à nez avec l'identité d'antan. Nous restons souvent dans l’abstrait, en tout cas dans la narration ob­jective ou les métamorphoses. Cette révolte n'est pas née d'une histoire personnelle avec des anecdotes. Elle a grandi selon le schéma général des idées et leur choc dans la rencontre avec le monde. On a l'impression que l'adolescent avait tracé son chemin une fois pour toutes selon les plans d'une morale ( qu'il trans­gresse souvent ), qu'il avait donné à la religion le droit de l'investir, ce qui lui a permis de neutraliser puis de dépasser, par épisodes, le désespoir existentiel. 
       La sensualité ne va pas ici sans risques et fracas. Le poète reconnaît être "violent en amour pour sauver l'amour du ridicule". Il lamente "les caresses perdues". L'absence ou le refus de la par­tenaire fait naître l'envie de piétiner son cœur et son corps, "sous le fouet et l’exquise domination ", là encore flagellant et flagellé. Il s'entretient avec Alex de la "démone" et de son "masque de carnaval", il daube avec une frénésie vengeresse et appâtée sur "l’amoralité native et transmissible" de la dissidente. Regardons le lancinant autoportrait de la démone ("Litanies du désert") comme l'exorcisme d'une tentation brûlante, quand le poè­te sait toutefois que pour la beauté perverse : il n'y a pas d'élus/ Il y a des passants"! Il s'avoue aussi, voyeur savant, cu­rieux des "pulsions secrètes" du quidam croisé dans la rue... Quand l'amour est partagé/comblé, il déclenche un chant d'épa­nouissement (relire "Tout dans la vallée" et "Toi"), avec cette fois des pulsions d'innocence, le goût du "sortilège" (le balan­cier du "sacrilège"), des accalmies de bel azur lu dans les yeux. L'élue est alors chantée comme une reine. 
       Le rapport à l'écriture se joue également selon les humeurs d'un tempérament nerveux, qui préfère "l'inspiration" à chaud. Voici l'attente des signes de feu, un combat qui laisse un vainqueur et un vaincu. Puis un rebondissement après la chute, ou le contraire... Refus d'une trajectoire droite et uniforme Tout est lié à une in­vestigation narcissique curieusement impersonnalisée. Où est notre "modèle"? Pourquoi a-t-il fichu le camp? Mais recherche parallèle d'une "singularité". Contradictions. Exécration de l'humanité com­mune ( "la foule ravale à chaque instant les valeurs que tu dé­fends") et désir ardent de la communication avec tous. Poussées d'humour. Solitude. Sarcasmes. Goût du contre-courant et de l’aqua­rium des profondeurs. 
       Le vers libre tourne assez souvent autour de l'alexandrin sans rime, le vocabulaire et le style sont fidèles à une culture clas­sique - assez stricte pour le poème en prose - encore que Bouziges note avec raison que la mythologie antique est relayée par le re­cours contemporain à l'inconscient. L'image dans le poème en vers est souvent "méridionale" et chaleureuse. Dans les lettres pour AleX, qui sont des poèmes en prose, Alex incarne le double idéal ou contesté d'Hubert Bouziges, son punching-ball plus ou moins "structuré de phantasmes", donc une sorte de cobaye dont on étudie les réactions sous la vitre ( et le rite ) du dialogue. Parfois Alex est le simple comparse; parfois le courrier qui porte au lecteur les plis secrets. 
       Œuvre poétique et philosophique, au ton franciscain ou nietzschéen tour à tour, qui illustre la querelle entre l'apparence et la réalité, entre la crudité et la mystique. Les objets, par exemple, sont ici des obstacles à la liberté de l'esprit - mais la création onirique peut devenir parfois elle aussi encombrante! Seul le poème - mise au point de survie - nous en débarrasse. Pourvu qu'il ne devienne pas pour le poète, dans la giration des con­traires, une tunique de Nessus ! 

                                                                     Jean Breton

mercredi 26 avril 2017

Passage

Au creux du fossé,

herbes fléchies qui ressuscitent
l'empreinte de brefs retournements,
corps sous la bourrasque courte

Cailloux qui fouillent les campagnes
ralentissent la terre,
arbres en déroute qui s'appuient
aux murs de tous les vents.

Le sol s'en va dans les ravines
aux aguets des tourmentes :
Sol s'en va
Vent s'enfuit

Le sommeil se répand,
du plomb dans les lézardes
repaires de vie muette.
des insectes volants,
altitude perdue,
heurtent des mousses sèches.

Des vies s'épuisent
dans cette force inerte,
rêvent dé-racinements
envols instantanés
bonds fous, chevelures de nuages.

Au creux du fossé
J’ai fait un tour de temps.


                                Hubert Bouziges

lundi 24 avril 2017

Association l'Attitude éditorial revue 2002

Le parcours

 Espace + temps + mouvement + motivation, éléments constitutifs du parcours.

        Le parcours a un terme, il a un point de départ. S'il n'est pas toujours défini par avance il est fini par anticipation, voire indéfini, l'indéfini n'étant que des finis ajoutés les uns aux autres.
       Réduit à sa plus simple expression le parcours est un déplacement au sens propre, machinal ou volontaire à minima. Mais il peut s'enrichir au fur et à mesure de son déroulement. Il deviendra alors parcours-recherche ( géologique par exemple) ou parcours-quête ( ou errance).
       Le parcours-recherche est apparemment en zig-zag mais aidé par le raisonnement, l'esprit étant sollicité et l'objectif plus ou moins ciblé.
       Par exemple et à contrario : le nomade en caravane dans le désert fait un parcours déplacement lié à l'utilitaire, il ne dévie pas d'un pouce d'un itinéraire, il est même assujetti à un délai de piste ( fausse image de liberté).
       Dans le parcours-quête ou errance, il y a une absence de claire motivation, c'est aussi un zig-zag, sauf le " je pars"... chercher quoi ? Fuir quoi ? Je me détruirai ou me trouverai ou me retrouverai ou je découvrirai quelque chose... Peut être rien ...
        Mais ces parcours-déplacement et parcours-recherche peuvent se transformer, prendre une autre dimension ne serait-ce que par la présence de paysages, susceptibles d'évoquer l'infini ( Dieu ? ), particulièrement vrai pour le cas du nomade dans le désert.
Le parcours-quête ou errance se dessine.
        A ces définitions du parcours correspond la réplique psychologique, s'agissant d'un rapport psychosomatique : vie originelle, matière et esprit inséparable dans le fini ou l'indéfini. Le verbe à l'origine ?
        La psychologie ne peut qu'employer les mêmes termes que ceux appliqués au réel à travers les concepts. Ce sont les multiples disciplines qui forgent leur propre langage en se distinguant par utilité et autant qu'il se peut des autres langages.
       La conscience psychologique liée à l'affectivité (imaginaire, mémoire ...) et à la faculté d'abstraction ( raison discursive ) suit pas à pas ou à marche forcée le parcours sensible.
       On ne peut pas s'évades du parcours... Sauf, par la mort sous toute ses formes d'accomplissement, sauf par une adhésion à l'infini où la recherche est déjà solution. Citons Reverdy ce poète de l'impalpable réalité " La foi c'est un cran d'arrêt dans la course à la vérité".
        Le parcours est une notion éminemment poétique puisqu'il évoque à la fois un déplacement sensible et un prolongement indéfini dans un accompagnement concret et spéculatif La poésie aime les ambiguïtés pour rendre compte de la somme des choses. Le poème est tantôt " situé" tantôt " vague", plus souvent " situé" au départ, il devient " no man's land".
        C'est là qu'apparaît avec évidence la perpétuelle ambivalence du langage qui fait les délices de la sémantique mais qui reflète aussi et surtout l'obsédante dichotomie des êtres et des choses. Entre "l'inhabité" - le connu- et "l'habité"- l'inconnu- le flux poétique va se frayer un passage . (1)
        A partir de là peut-on dire qu'il y a progression - voire progrès - en poésie ? Non semble t-il... Dans cette version du parcours la poésie ne répond pas. Il y a des pratiques, des modes différents, des modifications dans la prosodie et dans la langue. C'est tout. Pas de parcours dans le temps : à deux milles ans d'intervalle Parménide et Rimbaud sont proches dans leurs vision :
                 Parménide  "Les cavales qui m'emportent m'ont mené où mon âme me poussait"
                 Rimbaud "C'est très vrai, c'est oracle ce que je dis"
       Bien sur, tel ou telle poète peut avoir son parcours à travers un poème ou une série de poèmes. C'est à l'échelle individuelle. En quelques mots, quelques images, dans ses moments d'atonie, dans son désign.... le poème nous délivre alors avec fulgurance ou insinuation un condensé de vie qui vaut pour les autres, mêlant origine, enfance, âge mur, anticipation de l' "arrêt du destin" ( Jacques Rodier) avec préfiguration avouée ou non ( Colette Klein) de l'infini ou même refus de s'y confier.
       Dans un poème il y a une somme qui si elle résiste à la stricte analyse couvre un champ immense. Appréhension quasi-simultanée d'une totalité.
       A l'extrême de sa confiance en l'infini Reverdy écrit :
              " Et je travaille dans l'espoir qu'aucune récompense ne me sera donnée "


                                                           Hubert Bouziges





( 1) Bel exemple de glissement sémantique dans le jeu du propre et du figuré.