lundi 24 avril 2017

Association l'Attitude éditorial revue 2002

Le parcours

 Espace + temps + mouvement + motivation, éléments constitutifs du parcours.

        Le parcours a un terme, il a un point de départ. S'il n'est pas toujours défini par avance il est fini par anticipation, voire indéfini, l'indéfini n'étant que des finis ajoutés les uns aux autres.
       Réduit à sa plus simple expression le parcours est un déplacement au sens propre, machinal ou volontaire à minima. Mais il peut s'enrichir au fur et à mesure de son déroulement. Il deviendra alors parcours-recherche ( géologique par exemple) ou parcours-quête ( ou errance).
       Le parcours-recherche est apparemment en zig-zag mais aidé par le raisonnement, l'esprit étant sollicité et l'objectif plus ou moins ciblé.
       Par exemple et à contrario : le nomade en caravane dans le désert fait un parcours déplacement lié à l'utilitaire, il ne dévie pas d'un pouce d'un itinéraire, il est même assujetti à un délai de piste ( fausse image de liberté).
       Dans le parcours-quête ou errance, il y a une absence de claire motivation, c'est aussi un zig-zag, sauf le " je pars"... chercher quoi ? Fuir quoi ? Je me détruirai ou me trouverai ou me retrouverai ou je découvrirai quelque chose... Peut être rien ...
        Mais ces parcours-déplacement et parcours-recherche peuvent se transformer, prendre une autre dimension ne serait-ce que par la présence de paysages, susceptibles d'évoquer l'infini ( Dieu ? ), particulièrement vrai pour le cas du nomade dans le désert.
Le parcours-quête ou errance se dessine.
        A ces définitions du parcours correspond la réplique psychologique, s'agissant d'un rapport psychosomatique : vie originelle, matière et esprit inséparable dans le fini ou l'indéfini. Le verbe à l'origine ?
        La psychologie ne peut qu'employer les mêmes termes que ceux appliqués au réel à travers les concepts. Ce sont les multiples disciplines qui forgent leur propre langage en se distinguant par utilité et autant qu'il se peut des autres langages.
       La conscience psychologique liée à l'affectivité (imaginaire, mémoire ...) et à la faculté d'abstraction ( raison discursive ) suit pas à pas ou à marche forcée le parcours sensible.
       On ne peut pas s'évades du parcours... Sauf, par la mort sous toute ses formes d'accomplissement, sauf par une adhésion à l'infini où la recherche est déjà solution. Citons Reverdy ce poète de l'impalpable réalité " La foi c'est un cran d'arrêt dans la course à la vérité".
        Le parcours est une notion éminemment poétique puisqu'il évoque à la fois un déplacement sensible et un prolongement indéfini dans un accompagnement concret et spéculatif La poésie aime les ambiguïtés pour rendre compte de la somme des choses. Le poème est tantôt " situé" tantôt " vague", plus souvent " situé" au départ, il devient " no man's land".
        C'est là qu'apparaît avec évidence la perpétuelle ambivalence du langage qui fait les délices de la sémantique mais qui reflète aussi et surtout l'obsédante dichotomie des êtres et des choses. Entre "l'inhabité" - le connu- et "l'habité"- l'inconnu- le flux poétique va se frayer un passage . (1)
        A partir de là peut-on dire qu'il y a progression - voire progrès - en poésie ? Non semble t-il... Dans cette version du parcours la poésie ne répond pas. Il y a des pratiques, des modes différents, des modifications dans la prosodie et dans la langue. C'est tout. Pas de parcours dans le temps : à deux milles ans d'intervalle Parménide et Rimbaud sont proches dans leurs vision :
                 Parménide  "Les cavales qui m'emportent m'ont mené où mon âme me poussait"
                 Rimbaud "C'est très vrai, c'est oracle ce que je dis"
       Bien sur, tel ou telle poète peut avoir son parcours à travers un poème ou une série de poèmes. C'est à l'échelle individuelle. En quelques mots, quelques images, dans ses moments d'atonie, dans son désign.... le poème nous délivre alors avec fulgurance ou insinuation un condensé de vie qui vaut pour les autres, mêlant origine, enfance, âge mur, anticipation de l' "arrêt du destin" ( Jacques Rodier) avec préfiguration avouée ou non ( Colette Klein) de l'infini ou même refus de s'y confier.
       Dans un poème il y a une somme qui si elle résiste à la stricte analyse couvre un champ immense. Appréhension quasi-simultanée d'une totalité.
       A l'extrême de sa confiance en l'infini Reverdy écrit :
              " Et je travaille dans l'espoir qu'aucune récompense ne me sera donnée "


                                                           Hubert Bouziges





( 1) Bel exemple de glissement sémantique dans le jeu du propre et du figuré.

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