dimanche 25 mars 2018

Poèmes de la revue "Les Hommes sans épaule"


PASSAGE

Au creux du fossé,
herbes fléchies qui ressuscitent 
l'empreinte de brefs retournements, 
corps sous la bourrasque courte

Cailloux qui fouillent les campagnes 
ralentissent la terre,
arbres en déroute qui s'appuient 
aux murs de tous les vents.

Le sol s'en va dans les ravines 
aux aguets des tourmentes 
Sol s'en va
Vent s'enfuit

Le sommeil se répand,
du plomb dans les lézardes 
repaires de vie muette
des insectes volants,
altitude perdue,
heurtent des mousses sèches.

Des vies s'épuisent
dans cette force inerte,
rêvent déracinements
envols instantanés
bonds fous, chevelures de nuages.

Au creux du fossé
J'ai fait un tour de temps.



LA FILLE EN ROUGE

Sur un tableau de M.S.

Tu vas...
Maldonne aux mains
Visage mâché
Ventre creux
Et la misère le long du bras

Te connaître
Hors les plis de ta robe Rouge
Lever l'obstacle de ta bouche 
Aux franges à l'abandon 
En visiter l'impasse 
Dans ton souffle coupé 
En user le fourreau 
A la place du temps

S'appuyer sur ton dos 
Comme des millénaires 
Ignorants et têtus 
Faire de tes cheveux 
La châsse de tes yeux 
Brisés
Faire de ces brisures 
Ton arc-de-triomphe

Madonne...



FEUILLE ETONNEE

Feuille étonnée 
que je rencontre
dans l'encre d'un jour fini 
je reconnais
tes traits masqués

Arrête
en ma mémoire 
les chuchotements 
de l'oubli

Fais resurgir, 
lointaine,
la cavalcade 
du temps parti


Je demande à l'heure 
un répit

S'ajoute
la feuille à la pierre
pour que mon idée respire 
avec plus d'amour
et moins d'être

Voici le temps promis de la naissance.



LE SAVOIR DE CE FLEUVE

Le savoir de ce fleuve 
est celui de sa source
dans l'aube
qui se hisse
au sommet des montagnes

Meurtri à sa naissance 
c'est une boue d'argile 
poussée de pensée brute 
qui recouvre
les champs de l'inertie 
cultivés par le vent

S'égrènent les cailloux
au creux d'une herbe étique

De la haute puissance 
sourdent dans le délire 
les bas courants
escortés par des rives 
aux nards hallucinés


Le sublime archaïsme 
finit dans la souffrance 
d'un delta éclaté



NUIT MER SOLEIL

Requiem pour un désir 
trop ressenti
et
mal connu
sa cape pourpre dans la nuit

Méfiance dormeuse 
de l'horizon plat
réplique en soi
de l'attentif sommeil

Corps confondus 
dans la poussière 
sous des vents ras 
qui les mitraillent

Offrande des secrets 
abandon des visages 
que dompte le soleil

Entre sable et sueurs 
ce peuple allongé 
son regard court
sur l'infinie dérive

                                             Hubert Bouziges



Poèmes inédits  (Revue les hommes sans épaules n° 23-24 )



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