Autour d'un tableau
« MYSTERE ET MELANCOLIE D'UNE RUE »
« Et qu'aimerai-je, sinon l'énigme. »G.d.Chirico
« Et que l'art est fébrile aux marches de l'énigme ». H. Bouziges
LA CLE DE L'ENIGME
ou
L'accomplissement du destin.
Ne nous y trompons pas.
Ce tableau restera dans la mémoire des hommes.
Nous sommes ici dans la concision géométrique au service de l'Art.
Nous sommes ici dans l'intuition artistique et poétique au service de la métaphysique. Métaphysique? pourquoi?
Parce qu'avec économie de moyen et par génie du trait le peintre donne du sens au MINÉRAL réputé inerte.
Sur la toile, tout est pétrifié dans une juxtaposition savante.
Des éléments posés et non articulés qui la composent:
Le VEGETAL est absent
L'ORGANIQUE minimisé mais primordial est frappé de stupeur: la petite fille ( en bas à gauche) qui est stoppée dans son élan, le cerceau à la main.
Tout est fait pour nous tenir en haleine, perturbés par ce frémissement retenu:
La roulotte ouverte à son chargement VA PARTIR, plongée qu'elle est, dans une ombre lourde, impénétrable.
La petite fille VA POURSUIVRE son jeu.
Le mutique bâtiment VA REPRENDRE son étirement vers l'horizon, en répétant indéfiniment ses ouvertures, portes et fenêtres, cubiques ou courbes, aveuglées par la lumière.
La clé est au bout du champs visuel. discrète, presque insignifiante, dans un étroit espace, où. un bateau figé, à demi escamoté. attend sur un fragment de mer d'appareiller pour une destination INCONNUE puisqu'il a pour nom - LE DESTIN ".
C'était, Alex, au monastère roman de Santa Creus, en Catalogne espagnole, abandonné par les moines il y a des décennies. Il est situé dans le haut du village qui dormait en cet après midi chaud et silencieux.
Nous avions débouché sur une grande place circulaire, au sol décoré de motifs concentriques. La basilique, prolongée par un cloître livré à une végétation sauvage, brillait de tous ses feux. Nous fûmes surpris par la gravité empreinte de sérénité qui régnait en ce lieu.
Les maisons qui, d'un côté, bordaient la place avaient leurs volets clos.
Nous nous étions installés sur une terrasse qui dominait le site. Nous restions longtemps assis à contempler cet endroit hors d'âge. Nous rêvions... quand surgit d'une ruelle un enfant monté sur une bicyclette. Il ne nous voyait pas. Il se mit, tout en roulant, à suivre avec application les cercles du dallage. Les yeux fixés à terre, il accompagnait son exercice d'un chantonnement ... Puis il disparût avec une sorte de détachement, laissant la place vide.
_ De Chirico, me soufflas-tu, on dirait un tableau de Chirico: un décor statique et figé et un surgissement insolite qui donne à la scène une teinte de mélancolie.
A voix basse nous conversions: " Que t'inspirent ces lieux? " te demandais-je. " Je me sens meilleur, me répondis-tu, il y a du respect dans l'air. Nous devrions fréquenter davantage les hauts lieux comparables à celui-ci. Je suis las des blasphèmes de pacotille qui hantent les rues ou de la béate impiété qui se glisse dans les médias en tous genres. Les sujets à rire deviennent rares par manque d'imagination. Le blasphème est affaire sérieuse: il correspond à un affrontement momentané- parfois le temps d'un mot- entre l'homme et Dieu".
- Mais, Alex, comment expliques-tu, en même temps que ton goût de la révolte, l'apaisement que t'apporte cet endroit?.
Je vis armé, me répondis-tu, je ne demande qu'à déposer les armes. Ma révolte n'a rien de l'agitation. Elle est une souffrance doublée épisodiquement d'autosatisfaction mais elle s'accomplit en définitive dans l'épuisement ou mieux dans l'apaisement éclairé...
" Ma révolte est sous-tendue de résignation et je pense que là où il n'y a pas de révolte, il y a indifférence.J'en reviens maintenant à te dire que j'apprécie hautement ce lieu. Il est une parenthèse dans les tensions qui m'assaillent."
A cette heure, les ombres s'allongeaient démesurément sur la place déserte, les vitraux flambaient, ,l'enfant n'avait pas reparu, l'endroit n'avait rien livré de son secret...
Mais je cru entendre, en m'éloignant, comme un soupir de soulagement et, en me retournant, j'eus l'impression que le site était placé sous haute surveillance.
Le LUDIQUE pictural souligne la pesanteur régnante, donne un peu d'oxygène à l'air raréfié. C 'est aussi un clin d'oeil au spectateur, note de désinvolture tout à fait surréalisante:
" Prenez-moi au sérieux mais pas trop ".
Impossible à ce stade de ne pas se référer à la toile de Salvador Dali " le pharmacien de Figueras ne cherchant absolument rien." Le personnage y figure ( en bas à gauche ) en posture méditative!
Et pour en ajouter encore à la correspondance tableau-texte, LE FANTASTIQUE présent chez G.de Chirico trouve une équivalence littéraire in fine de l'épisode quand un grand soupir venu D'AILLEURS congédie les personnages, les incite à quitter le lieu.
Nous sommes ici dans la concision géométrique au service de l'Art.
Nous sommes ici dans l'intuition artistique et poétique au service de la métaphysique. Métaphysique? pourquoi?
Parce qu'avec économie de moyen et par génie du trait le peintre donne du sens au MINÉRAL réputé inerte.
Sur la toile, tout est pétrifié dans une juxtaposition savante.
Des éléments posés et non articulés qui la composent:
Le VEGETAL est absent
L'ORGANIQUE minimisé mais primordial est frappé de stupeur: la petite fille ( en bas à gauche) qui est stoppée dans son élan, le cerceau à la main.
Tout est fait pour nous tenir en haleine, perturbés par ce frémissement retenu:
La roulotte ouverte à son chargement VA PARTIR, plongée qu'elle est, dans une ombre lourde, impénétrable.
La petite fille VA POURSUIVRE son jeu.
Le mutique bâtiment VA REPRENDRE son étirement vers l'horizon, en répétant indéfiniment ses ouvertures, portes et fenêtres, cubiques ou courbes, aveuglées par la lumière.
ARRET SUR IMAGE
MOUVEMENT SUSPENDU
Mais où nous entraîne cette ligne de fuite qui anime sur son passage une participation éclectique, synchronisée par la main du peintre. le DÉMIURGE ?.
L'énigme ne révèle sa présence qu'au travers de son ombre projetée sur la dalle ensoleillée et brûlante. Elle exerce sa surveillance d'un endroit innommé, hors tableau.
La clé est au bout du champs visuel. discrète, presque insignifiante, dans un étroit espace, où. un bateau figé, à demi escamoté. attend sur un fragment de mer d'appareiller pour une destination INCONNUE puisqu'il a pour nom - LE DESTIN ".
ENIGME ATTENTE
INQUIETUDE ETRANGETE
MYSTERE MELANCOLIE (intitulé de la toile )
sont les maîtres-mots de l'aventure hasardeuse que nous propose Giorgio de Chirico dans sa Peinture. On peut y ajouter le FANTASTIQUE, né d'une sobriété élaborée ne serait-ce qu'en se référant à l'ENIGME présente au tableau par son ombre.
A LA RENCONTRE DE GIORGIO DE CHIRICO
Pour Alex
Nous avions débouché sur une grande place circulaire, au sol décoré de motifs concentriques. La basilique, prolongée par un cloître livré à une végétation sauvage, brillait de tous ses feux. Nous fûmes surpris par la gravité empreinte de sérénité qui régnait en ce lieu.
Les maisons qui, d'un côté, bordaient la place avaient leurs volets clos.
Nous nous étions installés sur une terrasse qui dominait le site. Nous restions longtemps assis à contempler cet endroit hors d'âge. Nous rêvions... quand surgit d'une ruelle un enfant monté sur une bicyclette. Il ne nous voyait pas. Il se mit, tout en roulant, à suivre avec application les cercles du dallage. Les yeux fixés à terre, il accompagnait son exercice d'un chantonnement ... Puis il disparût avec une sorte de détachement, laissant la place vide.
_ De Chirico, me soufflas-tu, on dirait un tableau de Chirico: un décor statique et figé et un surgissement insolite qui donne à la scène une teinte de mélancolie.
A voix basse nous conversions: " Que t'inspirent ces lieux? " te demandais-je. " Je me sens meilleur, me répondis-tu, il y a du respect dans l'air. Nous devrions fréquenter davantage les hauts lieux comparables à celui-ci. Je suis las des blasphèmes de pacotille qui hantent les rues ou de la béate impiété qui se glisse dans les médias en tous genres. Les sujets à rire deviennent rares par manque d'imagination. Le blasphème est affaire sérieuse: il correspond à un affrontement momentané- parfois le temps d'un mot- entre l'homme et Dieu".
- Mais, Alex, comment expliques-tu, en même temps que ton goût de la révolte, l'apaisement que t'apporte cet endroit?.
Je vis armé, me répondis-tu, je ne demande qu'à déposer les armes. Ma révolte n'a rien de l'agitation. Elle est une souffrance doublée épisodiquement d'autosatisfaction mais elle s'accomplit en définitive dans l'épuisement ou mieux dans l'apaisement éclairé...
" Ma révolte est sous-tendue de résignation et je pense que là où il n'y a pas de révolte, il y a indifférence.J'en reviens maintenant à te dire que j'apprécie hautement ce lieu. Il est une parenthèse dans les tensions qui m'assaillent."
A cette heure, les ombres s'allongeaient démesurément sur la place déserte, les vitraux flambaient, ,l'enfant n'avait pas reparu, l'endroit n'avait rien livré de son secret...
Mais je cru entendre, en m'éloignant, comme un soupir de soulagement et, en me retournant, j'eus l'impression que le site était placé sous haute surveillance.
DANS LES COULISSES DU SPECTACLE
La correspondance entre le TABLEAU et le TEXTE " A la rencontre de G.de Chirico "est surprenante. Le LUDIQUE y est introduit subrepticement par la présence de la petite fille au cerceau ( le tableau ) et le petit garçon au vélo ( le texte ), enfants insolites.
" Prenez-moi au sérieux mais pas trop ".
Impossible à ce stade de ne pas se référer à la toile de Salvador Dali " le pharmacien de Figueras ne cherchant absolument rien." Le personnage y figure ( en bas à gauche ) en posture méditative!
Et pour en ajouter encore à la correspondance tableau-texte, LE FANTASTIQUE présent chez G.de Chirico trouve une équivalence littéraire in fine de l'épisode quand un grand soupir venu D'AILLEURS congédie les personnages, les incite à quitter le lieu.
Hubert Bouziges.
(extrait de la revue Poetic Art 1er trimestre 2018)
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