Au sommet d'une falaise se tient, sentinelle immobile, le bourg balnéaire de Vico-Equense. Le surmontent des collines bibliques qui sourient de toutes leurs fleurs. Au pied de la falaise, les plages reçoivent la mer chaude du Sud illimité.
C'est ici, plus exactement à l'Hôtel « Aequa » de Vico-Equense, que j'ai voulu saisir en un seul regard, long et attentif, les secrets devinés de ces lieux. C'est ici, que je fus reçu par le Professeur Vittorio Fusco, qui préside aux destinées de cet établissement hôtelier, en même temps Ecole hôtelière, de haute qualité. La discrétion y règne associée à la finesse des mets. Des terrasses ombragées de l'hôtel, les yeux se perdent dans le bleu de la baie, dans les ombres de Naples et dans le gris du Vésuve qui contemple son œuvre, à ses pieds : Pompeï, Herculanum ; une œuvre terrifiante patinée par le temps.
C'est ici que Vittorio Fusco me présenta Bruno Starita, peintre et poète, professeur à l'Académie des Beaux-Arts de Naples.
L'homme est napolitain, mais très secret. Son regard est perçant, profond, il va par-delà les êtres et les objets. Bruno Starita prend du recul, de la distance, et puise sa créativité et son intensité dans une vie intérieure exigeante. L'exubérance latine est au dedans de son être, tumultueuse mais contenue.
Il est situé comme le peintre . écologiste » par excellence. Sa peinture et ses gravures sur métaux (le cuivre en particulier) sont d'une haute qualité en même temps que technicité.
Ainsi, ai-je sous les yeux « La Primavera » (1977), « l'Estate - (1977), . l'Autunno » (1977), « l'Inverno . (1977), « Metamorfosi » (1977), « La Préda » (1977), « Verso la Vita » (1977), « Incantesimo » (1977), « Arcobaleno » (1977), « Hae Vera sunt » (1977), . Cruor in florem Mutabitur - (1977), la « Nuvola » (1977), « l'Upupa à la Melagrava » (1977), - Il positivo et Il négativo » (1977), « Il fiore di pietra » (1977), « l'Upupa et la luna » (1977) ...L'influence surréaliste est certaine (Marx Ernst) ; quant au cachet écologique, il apparais, dans la série de reproductions dont je dispose, inscrit dans un carré ou plus généralement une figure géométrique .La Nature à travers l'œuvre picturale de Bruno Starita n'est pas atteinte dans la sérénité, mais par un cheminement torturé. Une sorte de malaise subsiste, bien après la contemplation des tableaux... Un tel impact signe une grande peinture. Bien qu'habitué à la dislocation des objets et des êtres à travers la peinture moderne, il y a dans l'œuvre de Bruno Starita quelque chose de tellurique qui n'est pas rassurant... Est-ce la présence du Vésuve qui m'influence ?
Et le poète ? La maîtrise du poète n'est pas inférieure à celle du peintre. Je n'établirai pas de lien entre la poésie et la peinture de Bruno Starita, bien que ce lien existe nécessairement. Pour m'éclairer à cet égard, il faudrait tout d'abord que l'artiste s'y essaye, selon son bon vouloir, bien sûr. Il me faudrait aussi une connaissance plus intime de l'œuvre que je ne fais qu'effleurer, une appréhension plus intérieure.
Je me bornerai donc, en attendant de m'immiscer dans le rapprochement entre la Peintre et la Poésie de Bruno Starita, à me pencher sur sa Poésie - en soi », à travers les quelques poèmes traduits de l'italien dont je dispose. Je dirai de la poésie de ce peintre qu'elle est une poésie de « signes » sans la rattacher en quoi que ce soit à une Ecok. Sa poésie certes est tentée par le Symbolisme, mais elle ne se laisse pas annexer. Et puisque je parle de « signes », une image de Bruno Starita me fait signe, que dis-je, m'aveugle :
L'attente c'est le chaud
de l'or sur les rives
Plus loin, je suis séduit « par cette odeur de craie nue .. Plus loin encore : « Un soir de cendre, mets un voile à ton balcon .. C'est un vers que Lorca n'eut pas renié.
Le sens de l'absurde et de l'angoisse ne fait pas défaut à Bruno Starita, quand il demande aux mots de réduire ses tensions, de le faire sortir du clair-obscur, ces mots qu'il projette les uns sur les autres... et quels mots ? Ecoutez :
Non,
Rose clarté,
Clarté rose
Odeur de sang
Je ne veux pas.
Odeur de sang
Toi
Clarté de clarté
Rose de rose :
Non froid d'acier,
Non gel de cœur.
Car toi,
Rose de rose, clarté,
Clarté de clarté rose
Nuit de nuit.
Dans le même sens, le jeu de mots devient, avec sa désinvolture forcenée, une tentative de réponse :
Eclair gris d'eau
(gris d'eau claire)...
Ces constatations faites, cette poésie dont on pourrait dire au premier abord qu'elle est transparente, voire méditerranéenne, jette un voile sur les êtres et les choses. Le poète ne se contente pas des réalités. Il recherche une complicité, à travers les mots, pour déboucher sur une équivalence totale, à défaut de certitude.
Je me risquerai à écrire qu'à ce niveau, les poèmes de Bruno Starita rejoignent un thème de sa peinture : il n'est pas possible de se débarrasser de son ombre, de soi-même, de son double ; l'Univers lui-même n'échappe pas à la règle Verso la Vita - (1977) Il positivo et Il négative> » (1977).
Bruno Starita nous offre une peinture et une poésie hautement signifiantes. Mais nous n'y trouverons pas le baume que nous cherchons... Peut-être une thérapeutique par l'Art ?
Hubert BOUZIGES
Les cahiers de St Germain des Près

